ROUTE DU RHUM : L’HEURE DU GRAND DEPART

Je suis prêt à traverser l’Atlantique !

 

Je ne sais pas comment décrire ce que j’ai dans le ventre ce matin. Un doux mélange de sérénité et de peur foudroyante ! Je retombe sur ces quelques lignes écrites pour les éditions Gallimard – je crois que ce sera le plus explicite !

Larguer les amarres ! Quel sentiment de jouissance profonde. Je me souviens encore de ce rituel si exaltant pendant les deux années où je me préparais à traverser l’Atlantique en solitaire pour la première fois.

Mon embarcation ne mesurait que 6,50 mètres. J’aimais cette idée qu’à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, il me suffisait de décrocher le bout d’amarrage, de pousser l’étrave de ma petite embarcation vers le large, de courir le long du ponton en tenant à bout de bras ma cabane flottante pour lui donner de l’élan avant de bondir au-dessus du balcon arrière sur une dernière impulsion, et l’aventure débutait. Déjà les voiles se gonflaient et il se dessinait derrière moi un fin sillage blanc et lumineux synonyme d’un appareillage silencieux pour un voyage des plus bavards.

Ni le ronronnement d’un moteur, ni les gestes robotiques d’une hôtesse de l’air, ni le retentissement soudain du sifflet d’un agent de gare dépêchant les derniers voyageurs à embarquer, ne venait chahuter mon départ. Je prends la mer ! Et là-bas, tout y est plus exacerbé. J’y ai senti la joie, la tristesse et le désespoir, la force et l’élan. Je me demande souvent si cela vaut la peine de se mettre dans de telles situations, de dépenser toute cette énergie ? Et je suis inéluctablement rattrapé par l’intime conviction que c’est finalement ce qui m’anime, que j’ai envie de vivre pleinement et que cela passe par vivre des émotions, des sensations.

J’ai toujours trouvé très émouvant de voir un homme s’éloigner seul sur un bateau. Il s’en dégage une simplicité rare. Une certaine forme de poésie aussi. J’ignore tout de ce qui m’attend, mais lorsque je le découvrirai, ce sera assurément un instant de vérité. Et quelle liberté sublime de ne pas savoir…

Merci pour tout les amis ! Je vais tacher d’emmener Theophile de l’autre côté !

Ciao la compagnie ! ⛵️